La fin annoncée des syndics d’immeubles

Dans un article publié dans LE SOIR.be, intitulé: “D’ici à 5 ans, la Belgique risque de manquer cruellement de syndics d’immeubles”, l’auteur  Jean-Christophe de Wasseige fait le constat que la fonction de syndics d’immeubles  en Belgique n’attire plus.

Celui ci de rappeler que l’IPI (Institut professionnel des agents immobiliers) qui délivre les agrégations pour exercer la profession, avait il y a quelques temps déjà donnée l’alerte sur cette désaffection du métier de syndics d’immeubles.

L’an dernier, il est constaté que sur 237 nouveaux agents immobiliers qui ont été reconnus par l’IPI :

-128 ont choisi le métier de courtiers s’occupant de la vente/location de logements ;

-20 (!) celui de  syndics  d’immeubles;

-89 ont choisi la possibilité d’exercer les deux métiers.

Pour  l’IFAPME, l’institut de formation aux professions indépendantes, seuls 20 % des élèves arrivant au terme de la formation en agent immobilier se destinent à devenir syndic. Tous les autres choisissent le courtage…

Pour le président de l’IPI, Stefaan Leliaert, lui-même à la tête d’un cabinet ayant 450 immeubles sous gestion, le constat  est relativement pessimiste et celui de préciser: “  J’ai du mal à recruter des collaborateurs. Et je ne suis pas le seul. Cette situation est courante, en tout cas en Flandre et à Bruxelles. De moins en moins de personnes sont intéressées à venir travailler chez nous. »

Pour le président de l’IPI, les raisons de cette situation sont nombreuses:

En premier lieu dit il, il y a la complexité du métier. « Etre un bon gérant d’immeubles réclame un ensemble de compétences, Il faut être un peu juriste pour respecter les différentes législations ; un peu comptable pour tenir les comptes des associations d’immeuble ; un peu technicien pour savoir détecter les détériorations aux bâtiments ; un peu psychologue pour déminer les conflits avec ou entre les copropriétaires… Tout cela fait beaucoup et peut rebuter les vocations. »

Pour Jean-Pierre LANNOY, syndic depuis 35 ans et secrétaire général du Cefim, un centre qui dispense chaque année plus de 150 formations en immobilier en Wallonie et à Bruxelles:” Le métier est exigeant aussi de par ses horaires, qui sont extensibles, les assemblées générales (AG) se tiennent en soirée et peuvent s’éterniser. Un syndic doit pouvoir répondre à n’importe quelle demande des propriétaires et intervenir sur place lorsque la situation l’impose. Tout cela peut empiéter sur la vie de famille. »

 

Le constat fait sur la situation en Belgique peut se décliner de façon très similaire sur la condition des syndics d’immeubles en France avec de surcroit des contraintes législatives plus importantes imposées notamment par la loi ALUR que nos voisins belges n’ont pas à subir.

Dans son article, l’auteur laisse toutefois, poindre une lueur d’espoir, en effet celui ci tient à préciser que pour caractériser la situation actuelle, il est plus exact de parler d’appauvrissement de l’offre. La relève ne se fait pas pour remplacer les syndics professionnels qui vont partir à la retraite, ni pour combler les besoins des nouveaux immeubles qui continuent de pousser aux quatre coins du pays. À terme, les choses pourraient se dégrader.

Afin d’éviter de passer du stade d’appauvrissement de l’offre à celui de la pénurie, voir la crainte de tendre vers une dé-professionnalisation et une ubérisation de la profession comme le redoute Jean-Pierre Lannoy, les syndics professionnels belges avancent quelques pistes telles:

– Mieux informer les jeunes des potentialités du métier lors des études.

– Renforcer encore la formation des gestionnaires agréés afin de redorer leur image.

–  Organiser les AG en journée et non plus en soirée.

–  Revaloriser les honoraires des syndics (la mesure irait de pair avec le renforcement de la professionnalisation).

– Rendre conscients les copropriétaires des droits et devoirs liés à ce type de logements.

Comme nous l’avons indiqué, la problématique du devenir du métier de syndics d’immeubles décrite en Belgique est quasi similaire à celle vécue en France avec en sus pour les syndics d’immeubles français, les contraintes supplémentaires imposées par la loi ALUR

Aussi comme nous l’avons évoqué à de nombreuses reprises dans les articles du blog, le devenir du métier de syndics d’immeubles, à notre humble avis passe par un conseil de l’Ordre des syndics fort, assurant un contrôle d’accès à la profession, la défense du titre de syndics d’immeubles,  délivrant des formations continues à ses membres, appliquant des sanctions aux  membres défaillants voire leur exclusion si besoin est, être force de propositions auprès des pouvoirs publics sur le monde de la copropriété, assurant également la défense de ses membres, contribuant ainsi à la valorisation d’une profession qui se doit d’être respectée comme le sont les experts comptables, les notaires, avocats ou huissiers qui sont les partenaires de faits de ces syndics d’immeubles dans la gestion des copropriétés.

Et vous pensez vous que nous allons vers une pénurie des syndics d’immeubles et dans cette hypothèse, quelles seraient vos propositions pour éviter cette situation?

Votre avis m’intéresse, pour le faire connaitre, laissez votre commentaire sur le blog au bas du présent article.

 

Image: nawak-illustrations.fr

4 Comments on “La fin annoncée des syndics d’immeubles”

  1. Courage à nos amis Belges. Dites vous que vous n’avez ni la loi ALUR ni l’ARC. En France cela revient à courir le 100 mètre avec des chaussures de ski.

  2. Les relations entre syndics et copropriétaires en Belgique ne sont pas aussi tendues qu’en FRANCE ce qui nous facilite les choses au quotidien .
    Autre élément d’importance .. les associations de copropriétaires n’aiment pas changer de syndic et tenant compte de cette « relative pénurie », il y a un certain respect de la part des copropriétaires à l’égard de notre profession . Par contre nous devons faire preuve d’un professionnalisme absolu . L’IPI (notre autorité légale ) a créé deux tableaux séparés regroupant les syndics d’une part et d’autre part les courtiers . L’appartenance à l’un ou à l’autre nous oblige à suivre des formations spécifiques et réussir des examens (de plus en plus compliqués) en vue de l’obtention de notre titre avec une année de stage à la clé avant de devenir effectif…. Même si dans un tel contexte , l' »ubérisation » de la profession de syndic est relativement loin au vu de sa reconnaissance légale , nous restons attentifs et désirons toujours et encore améliorer les qualifications de la profession. Un syndic belge

  3. Dans un ouvrage à paraitre dans quelques mois (copropriétés en difficultés.Constats et solutions FRANCE, QUEBEC,BELGIQUE), nous expliquerons avec JP LANNOY et Yves JOLICOEUR, Avocat spécialiste à Montréal, la mutation radicale, importante et indispensable des syndics-gestionnaires de copropriétés:

    Une nouvelle donne avec les moyens nouveaux à leur disposition, électroniques ou non, les outils de gestion de travaux programmés, la maitrise des audits d’immeubles, la prévention des copropriétés en difficultés par leur découpage en phases successives et la gestion courageuse,
    pour autant qu’ils soient honorés convenablement (comme en Belgique !), de nouvelles relations de confiance avec les conseils syndicaux façon Ordonnances MACRON à venir, des assemblées générales maitrisées et utiles…

    Mais cela suppose des formations ardues sur les nouvelles techniques, les nouveaux produits et services, un nouveau langage avec les clients, une nouvelle appétence pour les jeunes sur ce métier passionnant car humain mais si chronophage y compris le soir pour des assemblées interminables qui vont disparaitre à terme avec l’électronique.

    Commençons:

    Pourquoi ne pas voter par correspondance comme prévu par le code de commerce pour les sociétés commerciales ????

    Le Code de commerce (articles R. 223-20-1 pour les SARL et R. 225-97 pour les SA) précise que ces techniques de communication doivent respecter les deux conditions suivantes :

    la voix des participants doit au moins être transmise
    ces moyens doivent satisfaire à des caractéristiques techniques permettant la retransmission continue et simultanée des délibérations.

    Concernant les modalités du vote en assemblée par des moyens électroniques de télécommunication, le Code de commerce (articles R. 223-20-1 pour les SARL et R. 225-61 pour les SA) prévoit également l’obligation pour la société d’aménager un site Internet exclusivement consacré au vote des associés ou des actionnaires en assemblée. La société doit alors fournir, avant la tenue de l’assemblée, un code d’accès par lequel les associés ou actionnaires pourront accéder au site et s’identifier.

    Endiamo !

  4. En France, on a tapé sur les syndics d’immeubles depuis des décennies : les médias, les associations de consommateurs, l’état…L’image de notre métier est dévalorisé en permanence. Alors que la plupart des gens ne le connaissent pas vraiment, sauf ce que l’on veut bien leur montrer. Comment voulez-vous attirer des jeunes ? C’est pourtant un métier intéressant qui touche à beaucoup de sujets différents. En 30 ans d’activité, je n’en ai pas fait le tour.
    Oui à la formation, à la revalorisation de nos honoraires, à des méthodes modernes mais n’oublions pas que c’est un métier de contact où l’humain a toute sa place.

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